Crèche de Noël

Trois crèche sont visibles cette année :
Primatiale saint Trophime, église saint Julien et collégiale Notre Dame de la Major les abritent.
En effet, en raison de la crise sanitaire, le célèbre annuel Salon international des santonnier a du être annulé. Néanmoins, afin de ne couper à cette belle tradition, de belles oeuvres vous attendent dans les trois lieux cités plus haut! Bonn visite!

 

Illustration : vue de la crèche située à saint Trophime

Eglise saint Julien saint Antoine

Cette crèche a été déposée à l’église Saint Julien Saint Antoine grâce à l’initiative de M. FERRET Philippe.
Elle se trouvait initialement à la collégiale de Notre Dame de la Major.
On pourra normalement l’admirer jusqu’à la fin du mois de janvier.
Issue de la Confrérie des Gardians, on y voit une évocation de la crèche en Camargue, avec de nombreux gardians et arlésiennes qui se dirige vers la cabane qui abrite la naissance du Christ.

Collégiale Notre Dame de la Major

Comme l’indique l’illustration à gauche, à l’instar de la crèche située à l’église saint Julien saint Antoine, des visites sont organisées ce dimanche 3 janvier et la crèche restera visible jusqu’à la fin du mois.

Primatiale saint Trophime

Deux particularités pour cette crèche :
Les santons sont plus grands et elle a été exposée à Notre Dame de Paris.
Préparée par Gérard Gonzalez, Arlette Bertellot, Daniel Ferrier avec les santons de Lise Berger, elle a fait l’objet d’un article sur La Provence (attention, le texte intégral est réservé au abonnés de ce journal).
En revanche, on peut trouver un fascicule pédagogique, au pied de la crèche qui explique les fondements culturels de notre tradition de la crèche dont vous trouverez des extraits illustrés ci dessous.

Visite de la crèche :
La crèche provençale a trouvé refuge dans les familles lorsque la Révolution l’a chassée des églises, les fermant au public. Inspirée du récit de l’évangile de Luc, elle est d’abord une représentation de la nativité de Jésus autour de la Sainte Famille et des bergers éveillés la nuit par l’ange annonçant la naissance du Sauveur, les invitant à aller l’adorer. Viennent ensuite les Rois Mages guidés par l’étoile apparu dans le ciel de Judée.

Cette crèche provençale reste fidèle au récit de la Nativité dans l’évangile de Luc en invitant tout un peuple à la célébration de l’évènement. Ainsi sont nés les santons de Provence, en route vers la crèche pour porter une offrande et leur prière

Alors que la crèche traditionnelle telle qu’on peut la voir dans la plupart des pays du mode se contente de représenter la Sainte Famille, les bergers et les Rois Mages ensuite, la crèche provençale s’est appropriée l’évènement en l’intégrant dans sa culture populaire.

C’est tout un peuple qui chemine vers l’étable, fait de braves gens venus en toute simplicité offrir à leur tour des présents au nouveau-né, à l’image des Rois : des présents modestes, produits de leur labeur ou fruit de leur récolte, offrandes qui accompagnent leur recueillement, leur prière aux pieds du Sauveur Nouveau-Né. Ils sont venus, informés par les bergers qui ont propagé la parole de l’ange annonçant la bonne nouvelle en les arrachant du sommeil…Ainsi sont nés les santons de Provence, ces petits saints, ces humbles gens, souvent pauvres, parfois embourgeoisés. Touchés par cet évènement, ils oublient leurs querelles, leurs soucis et leurs occupations quotidiennes pour venir offrir le meilleur d’eux mêmes.

Comme dans les récits des Pastorales, ces pièces de théâtre qui font naître Jésus en Provence, les santons racontent les péripéties de tout un petit peuple en route vers la crèche.

Les santonniers se sont inspirés aussi des pastorales, ces récits écrits pour le théâtre populaire, qui font naître Jésus en Provence dans l’étable d’un village et y racontent les péripéties de ces villageois sur ce chemin.
Paysans, valets de ferme, ou exerçant divers métiers tel le rémouleur, ils travaillent durement, mais les voilà aussi portés sur la bouteille parfois, ou alors poltrons comme Pistachié, ou acariâtres comme Margarido qui se dispute avec Jourdan son mari, mais toujours au grand coeur, comme Honorine la poissonnière, serviable et de bonne humeur…Et à la fin, tout le monde se réconcilie devant la crèche…

Ainsi tout le monde est bienvenu à la crèche. Le message de paix et d’amour s’adresse aussi aux gens de mauvaise réputation, même aux incrédules comme le berger endormi qui reste sourd aux paroles de l’ange, même le boulanger assoupi dans son pétrin tandis que le meunier chemine sur son âne chargé d’un sac de farine sur le dos! Comme Margarido ou Barthoumiou qu’on appelle aussi Pistachié, avec chacun leur paniers pleins de provisions à ras-bord!

Les santons sont aussi porteurs d’un message spirituel tandis que l’agencement du paysage incite au recueillement par la présence de symboles bibliques ou religieux.

La crèche en s’ouvrant aux gens de la vie courante a conservé son caractère propice au recueillement comme la scène de l’éveil des bergers par l’ange, ou par la présence d’autres symboles spirituels que le décor évoque, et la place accordée à certains personnages qui, au-délà de leur figue populaire, donnent à la crèche toute sa dimension spirituelle.

Ainsi le moulin à vent avec ses ailes qui tournent évoque le souffle du vent mais aussi celui de l’Esprit, le souffle qui donne naissance à tout créature.

L’eau du ruisseau ou puisée au puits rappelle que l’eau est source de vie pour la nature et aussi pour l’humanité. Par le baptême, elle purifie le monde du péché.

Le pont qui ouvre l’accès de la crèche aux bergers et autres santons symbolise le passage du monde matériel au monde spirituel. Il relie ainsi le ciel à la terre.

L’étable est parfois aménagée dans une grotte et suggère que c’est des profondeurs de la terre et de la nature hostile que surgit celui qui sera appelé à sauver l’humanité.

Le rameau de ronce qui s’accroche aux parois de la grotte annonce déjà la couronne d’épine et les souffrances que le Sauveur endurera dans sa passion.

Le coq présent au dessus de l’étable évoque le reniement de Pierre lors de la Passion du Christ.

Le paysage de la crèche évoque le plus possible la nature, comme un hommage rendu par toute chose à son créateur. Noël célèbre déjà la renaissance annoncée du printemps prochain en célébrant le retour de la lumière et la naissance de celui qui est la lumière du monde. Le paysage est dominé par Jésus mort sur la Croix : il nous aime de la crèche au crucifiement.

La lumière : au moment où la terre dort encore du sommeil apportée par l’automne. L’hiver avec le solstice marque la fin des jours les plus courts et annonce le retour de la lumière et de la vie sur terre. Une veilleuse, une petite lampe éclairait jadis en permanence la crèche pendant toute la période calendale, jusqu’au 2 février.

L’étoile dans le ciel : bien en vue dans le ciel au-dessus de l’étable en bonne placée dans la crèche. Elle annonce bien sûr la naissance de Jésus et guide les Rois Mages…Noël c’est le ciel qui descend sur Terre.

 

Parmi les santons, les bergers occupent une place des plus importantes. L’ange les a choisis comme messagers de la bonne nouvelle. Ils se mettent en route vers la crèche et au passage dans les hameaux ou le village réveillent à leur tour les gens pour leur transmette les paroles de l’ange. Le berger est souvent porteur d’une lanterne, comme pour éclairer le monde de sa lumière en témoignage du message qu’il porte.

La marraine provençale offre au nouveau-né du pain pour qu’il soit aussi bon que lui, du sel pour qu’à son image, il sente la saveur des choses et conserve  la santé comme le sel et les aliments; une allumette pour qu’il soit droit comme elle, un oeuf pour qu’il soit plein comme lui, comblé de biens matériels et spirituels, et du miel pour qu’il soit aussi doux que lui.

 

L’aveugle désemparé, retrouve à la crèche son 1er fils volé jadis par le gitan. Il incarne les maux de l’humaine condition. Il marche, aidé par son autre fils, espérant retrouver la vue, mais dans la pastorale d’Yvan Audouard, il ne demande pas un miracle mais la vie éternelle annoncée par le Sauveur : « Je sais bien que le monde il est beau, puisque c’est lui qui l’a fait mais je suis sûr que le ciel est encore plus beau puisque c’est là qu’il habite. Non, Bonne Mère, demandez lui seulement que j’ai pas longtemps à perdre. Faites que j’ouvre les yeux le jour de ma mort. Faites que je vois quand ça vaudra vraiment la peine de voir ».

Le ravi est parfois associé à la figure du naïf, du fada qui est un peu l’idiot du village. En fait il est l’êmerveillé, un être de lumière. Les bras en l’air, il ne voit que la beauté du monde et proclame qu’il n’a jamais rien connu de plus beau que la venue du Sauveur. C’est lui qui raconte à l’aveugle tout ce qu’il voit et que les autres ne savent pas voir.

La sage femme accourt le plus vit possible pour vérifier que tout s’est bien passé. Elle offre soit du linge pour la layette soit un berceau. Elle arrive après la naissance car la Vierge reste vierge dans l’enfantement.

 

Tout le monde a sa place dans la crèche du plus démuni au plus riche, et l’étranger et toujours le bienvenu, tout comme les nombreux visiteurs qui viennent ici s’émouvoir devant elle, se recueillir ou prier. Nous voici tous devenus à notre tour semblables aux santons figés dans la terre, appelés à nous figer dans le meilleur de nous-mêmes pour offrir notre plus beau visage.

TEXTE de Daniel FERRIER issu du fascicule disponible à la crèche de la Primatiale de saint Trophime.